Quels sont vos sujets de recherche et quelle est votre rôle dans SCCER BIOSWEET?

Je travaille sur deux axes : les piles à combustibles et la valorisation des déchets avec orientation vers la production d’énergie.

Je suis chef de projet et responsable du développement technique des prototypes et des démonstrateurs de pile à combustible pour la production d’électricité et de chaleur à partir de l’acide formique.

Concernant la valorisation des déchets, je réalise des analyses économiques et des comparaisons techniques des processus de production de carburants liquides, gazeux et solides à partir de plastique et de biomasse en tenant compte des impacts et les rendements énergétiques, économiques et l’impact environnemental. Les processus doivent être acceptables pour l’environnement et viables économiquement.

GRT Group a contribué au  SCCER BIOSWEET à travers le projet de démonstration de torréfaction de déchets de bois (Torplant) que Granit Technologies SA, une filiale du groupe, et la HEIG-VD ont réalisé en partenariat. Nous sommes aussi impliqués dans le SCCER Heat & Electricity Storage avec les projets Hydrogène et Acide Formique.  Au sein de SCCER BIOSWEET je suis membre du conseil d’administration où j’apporte une vision industrielle au centre de compétence.

Qu’est-ce qu’il y a de fascinant dans la transition énergétique?

La dynamique actuelle : il y a 15 ans les énergies renouvelables étaient considérées comme  anecdotiques. Aujourd’hui les énergies renouvelables fournissent une partie non-négligeable de l’énergie primaire. Nous sommes vraiment en train de passer du fossile au renouvelable.

La prise de conscience et l’importance accordée à l’impact sur la santé et l’environnement des sources d’énergie poussent au développement d’alternatives pour réduire la pollution de l’air dans les villes par exemple. Donc, les questions sociales s’impliquent aussi dans les motivations de la transition énergétique.

Comme le dit le Pr Favrat (EPFL) : « L’âge de la pierre ne s’est pas terminé faute de pierres. N’attendons la fin des ressources fossiles pour agir intelligemment »

Je suis persuadé que la transition vers les énergies renouvelables se fera avant d’arriver à une pénurie d’énergie fossile.

Quelles sont les défis de la transition énergétique ?

Le mouvement de la production centralisée à la production décentralisée pose des défis technologiques. Le stockage de l’énergie solaire et éolienne, qui est produit de manière intermittente, est un défi et un des axes de travail de GRT Group.

Nous avons aussi besoin de faire évoluer les vecteurs énergétiques, du pétrole vers de nouveaux tels que l’hydrogène par exemple. C’est un processus qui demande un effort financier important mais aussi une volonté sociale forte, pour changer les habitudes.

Notre impact sur l’environnement est aussi très fortement lié aux déchets générés. Il est donc essentiel de les valoriser au maximum, c’est-à-dire les recycler, les transformer pour minimiser voire éliminer les rejets.

Nous devons donc trouver les moyens de valoriser financièrement et énergétiquement tous nos déchets.

Les déchets d’origine biologique et les plastiques sont une énorme source d’énergie que nous devons arriver à exploiter complètement et développer de nouvelles ressources.

La règlementation et la politique jouent un rôle clef sur l’évolution. Si on intègre réellement les impacts et les coûts de l’utilisation de l’énergie fossile et de l’énergie nucléaire, on évalue différemment le coût de l’énergie renouvelable. L’évolution des règlementations et des politiques publiques définissent le cadre économique et donc chaque pays peut promouvoir certaines formes d’exploitation de l’énergie. La Chine et la Norvège, par exemple, ont des politiques très favorables à l’implémentation des voitures électriques et à pile à combustible, pour réduire la pollution de l’air.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir un scientifique ?

Au début c’était pour comprendre comment ça marche. Maintenant, c’est pour innover et pour implémenter des nouvelles solutions.

Décrire votre biographie et votre parcours de carrière.

A la base je suis ingénieur en thermique et en matériaux. Ensuite, j’ai fait une thèse à l’EPFL sur la pile à combustible. J’ai travaillé chez HTceramix (actuellement SolidPower) sur le développement de prototypes SOFC. En tant que chef de projet, j’ai travaillé dans l’industrie spatiale sur le développement d’instrumentation scientifique d’observation de la Terre. En 2016 j’ai rejoint GRT Group et ma passion initiale pour l’énergie et les piles à combustibles.

Quelle serait l’avenir pour les énergies renouvelables d’ici 10 ans?

Aujourd’hui les investissements dans les énergies renouvelables sont supérieurs à ceux dans le pétrole. La part des énergies renouvelables va continuer à augmenter. J’attends des changements sociétaux rapides en particulier le développement rapide du véhicule électrique et à pile à combustible et la baisse des prix et l’augmentation de la capacité en énergie solaire et éolienne.

La biomasse à une carte à jouer car c’est une énergie non-intermittente. Il faut promouvoir par le financement d’installation pilote, les technologies de transformation de la biomasse, pour baisser les prix, notamment dans la gazéification, et atteindre une bonne compétitivité par rapport au gaz naturel.

Comme le solaire dans les 5 dernières années, le prix de la pile à combustible va baisser drastiquement grâce aux efforts d’industrialisation. Plusieurs constructeurs majeurs, comme Toyota par exemple, ont des projets d’industrialisation importants en cours.

Quelles solutions technologiques offrent GRT group à la transition énergétique ?

Notre technologie de conversion d’acide formique en hydrogène répond à la problématique du stockage de l’énergie. L’acide formique permet de stocker simplement de l’hydrogène, fabriquée à partir de renouvelable. Mais c’est aussi  un vecteur d’énergie simple à utiliser, comme on le fait actuellement avec l’essence. A travers cette technologie, nous sommes très actifs dans l’économie basée sur l’hydrogène. Nous voulons offrir des solutions pour l’utilisation de piles à combustible et remplacer les moteurs dans les applications de couplage Chaleur-Force, pour les installations de biogaz par exemple.

Quelles compétences apporte-il et comment s’implique le groupe dans les projets de transfert technologique ?

Nous intervenons entre le laboratoire universitaire et la commercialisation. Le groupe peut s’occuper de tous les aspects du développement technologique. Nos compétences sont la conception, la construction et la mise en pratique d’unités de taille industrielle techniquement adapté aux exigences commerciales telles que le rendement et la conformité aux normes de sécurité. Dans le cas de notre pile à combustible alimentée à l’acide formique par exemple, nous avons collaboré avec l’équipe de Catalyse du Prof. Laurenczy (EPFL) aux fins de traduire la base de recherche scientifique en une machine adapté aux démonstrations en situation réelle.  Nous faisons également de la gestion de projet y compris le montage financier du projet, la recherche et la mise en relation avec des partenaires  financiers, industriels et étatique.

Décrire les réseaux d’acteurs du secteur énergétique dans lequel GRT Group travail et les actions que vous prenez pour réunir les investisseurs et les porteurs de projets potentiels ?

En tant que société vielle de plus que 40 ans, nous avons un réseau important de sous-traitants, de fournisseurs et de partenaires pour l’implémentation. Notre réseau local, principalement en Suisse et en Italie, est bien développé. Nous avons des projets et des contacts dans d’autres pays et nous n’avons pas de limitation géographique. Le réseau du groupe facilite la mise en relation avec des partenaires ayant de vrais besoins et permet d’intégrer une nouvelle solution de manière concrète et économiquement viable. Un projet doit avoir une raison et une justification locale pour réussir.

Sur un horizon de 1, 5 et de 10 ans quelles sont les critères de succès que le GRT group s’est fixée?

A long terme nous voulons offrir des solutions pour réduire efficacement les émissions de CO2 et les déchets dans l’environnement.

Les développements et les brevets associés vont nous permettre de commercialiser nos solutions.

Nous commençons la construction d’une usine de taille industrielle et elle sera en pleine exploitation d’ici 2 à 3 ans. Elle convertira 5000 tonnes/an de déchets non-recyclables en différents carburants.

Nous sommes aussi prêts à vendre nos solutions pour piles à combustible à l’acide formique.

Nous détenons plusieurs brevets pour la conversion de l’acide formique en hydrogène. L’acide formique est un vecteur d’hydrogène qui répond à divers problèmes de stockage de l’hydrogène.

Nous allons développer des unités de capacité de 5 à 50 kW électrique et les commercialiser.

www.grtgroup.swiss