Qu’est-ce qu’il y a de fascinant dans la transition énergétique?

Ce qui est fascinant est la promotion et l’encouragement pour une utilisation et gestion durable des ressources en carbone. Le fait de pouvoir puiser dans nos déchets biologiques, industriels ou agricoles permet d’envisager une large gamme de biotechnologies novatrices mais surtout laisse envisager un changement de paradigme en faveur d’une économie circulaire et la tendance au « zero » déchet.

Quelles sont les défis de la transition énergétique en lien avec votre travail?

Ce qui me touche très particulièrement est l’inclusion du concept de cycle de matières dans tout développement de procédés de bioénergie. Si la Suisse veut contribuer à la gestation des nouvelles énergies dites « propres », il est impératif de revaloriser les matières secondaires en sortie du système. Les déchets sont une véritable ressource insoupçonnée.

Quels sont vos sujets de recherché et quelle est votre rôle dans SCCER BIOSWEET?

Mon domaine de recherche concerne la biomasse humide et les procédés microbiologiques, en particulier les technologies photosynthétiques non seulement pour une production contrôlée de la biomasse mais aussi comme agent dépolluant des eaux et des fumées issues de processus de conversion énergétique. Mon rôle dans SCCER-Biosweet est d’apporter en tant que chercheuse et responsable déléguée pour les activités concernant WP1 et WP2 (biogaz et biométhane) au sein de la HEIG-VD_HES-SO. Dans ce contexte, je contribue principalement aux technologies de bioconversion (digestion anaérobie, recyclage de nutriments, purification biologique de divers gaz/fumées et production de bioplastiques). Le captage du CO2 dans la purification du biogaz par un large éventail des technologies (membranaires et cryogéniques, en plus de celles biologiques comme mentionné avant) est également au centre de mes recherches actuelles en appui avec un petit consortium de l’institut de génie thermique (HEIG-VD).

Pourquoi avez-vous choisie de devenir une scientifique?

A l’école secondaire j’ai adoré les sciences naturelles et puis la chimie, ce monde de transformations. J’ai ensuite eu une maitresse qu’était géologue de formation et elle m’a aidé à comprendre que la chimie opérée naturellement dans la géosphère. Cela m’a passionné et orienté mon choix vers le domaine de la géochimie.

Décrire votre biographie et votre parcours de carrière.

Je suis spécialiste en biogéochimie. J’ai débuté dans les domaines de la géochimie environnementale et les carbonates, l’origine de la vie et les combustibles fossiles. Mon avenir professionnel était destiné à se réaliser dans le cadre des énergies fossiles, mais ma rencontre avec le Professeur Christian Ludwig (EPFL-PSI) en 2010 m’a permis de voir plus loin et de mettre à profit mes compétences en géochimie dans le domaine des énergies renouvelables. J’ai ainsi poursuivi mes activités dans les domaines de la production de biogaz synthétique à partir de la biomasse microalgale (couplage des systèmes biotechnologique et thermochimique pour assurer le cycle des matières), de l’analyse des polluants (eau, sols, sédiments) et du traitement des déchets à l’EPFL et l’Institut Paul-Scherrer. Depuis octobre 2015, je travaille au sein de l’Institut de Génie Thermique (IGT) à la HEIG-VD_HES-SO en tant que cheffe de projets. Ma recherche est principalement dans la production et bioconversion de la biomasse humide en énergie (biogaz essentiellement) mais aussi en autres produits à haute valeur ajouté (e.g bioplastique).

Quelle serait l’avenir pour les énergies renouvelables d’ici 10 ans et quelle place occuperont les technologies biotechnologiques dans ce domaine?

Je vais me restreindre ici à la production de biogaz. La Suisse pourrait efficacement atteindre en 2030 un 30% de la part du gaz renouvelables dans le réseau. Cependant, pour que ceci devienne une réalité les politiques doivent encourager cette injection en faveur du marché de la chaleur. Les politiques actuelles sont trop tournées vers la production d’électricité et cela est un grand frein en particulier si l’on souhaite avoir un impact favorable aux réductions des émissions du CO2.

La technologie algale n’a plus un rôle déterminant dans la production de bioénergies dans le contexte suisse. J’ai présenté dans mon article «Opportunities for Switzerland to Contribute to the Production of Algal Biofuels: the Hydrothermal Pathway to Bio-Methane » paru dans le journal Chimia 2015, un aperçu des opportunités et des obstacles à la production commerciale de microalgues en Suisse a des fins énergétiques. Cependant, la technologie algale a un rôle important dans les procédés de purification ou dépollution des technologies de transformation de la biomasse et peut éventuellement participer à une moindre échelle dans la production de bioénergie. La Suisse offre un environnement de recherche et développement unique et dans ce cadre nous pouvons apporter des contributions significatives dans cette nouvelle biotechnologie relativement émergente. D’ailleurs une nouvelle association suisse concernant la recherche algale vient d’être consolidée. C’est l’association SACA (Swiss Algae Consortium Association) et j’ai l’honneur de la présider.

Quelle est votre recette pour l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée?

Ce n’est jamais évident… Mon pilier est la famille et la science me fait exister autrement, me projette aux besoins de la société, de comment mieux façonner pour un avenir jouable pour les générations futures.

Quelles recommandations donneriez-vous aux jeunes scientifiques qui souhaitent poursuivre une carrière dans le domaine de la recherché énergétique?

Toujours garder un esprit critique et notamment de promouvoir les technologies dont on comprend le cout énergétique de chaque processus. Ceci est de rigueur dans le domaine de la production d’énergie.

Quels changements de société et modifications de la loi amélioreraient l’égalité des chances pour les femmes?

La transition énergétique est une véritable révolution et toute révolution nécessite d’impliquer toute la force utile d’une société, dont les femmes. C’est une discussion que nous avons eu plusieurs fois en tant que natives du continent américain. L’urgence provoquée par la révolution industrielle en Amérique a permis un large appel aux différentes ressources productives de la société, dont les femmes. J’espère que nous allons rapidement nous trouver dans ce cas de figure.

D’autre part je pense que plus d’égalité au foyer peut avoir des répercussions positives dans l’inclusion des femmes au monde professionnel. Personnellement, dans ma vie privée, je bénéficie d’une situation égalitaire et cela m’attriste de voir dans mon entourage des femmes contraintes de laisser sa profession au profit de celle du compagnon et pouvoir ainsi palier avec les horaires scolaires restrictives et d’autres politiques visant à placer la femme au foyer.

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