Qu’est-ce qu’il y a de fascinant dans la transition énergétique?

En plus des gaz à effet de serre, les centrales à charbon émettent des particules fines alors que les centrales nucléaires produisent des déchets nucléaires et consomment de grandes quantités d’eau.  Pour réduire ces émissions et ces déchets, il est donc nécessaire de changer notre modèle de production et de consommation d’énergie. Le remplacement progressif des énergies fossiles et nucléaires par un mix énergétique favorisant les énergies renouvelables et la réduction de la consommation est une transition dans notre système qui ne conduira pas seulement à la préservation de notre planète mais elle permettra aussi d’assurer l’accès à l’énergie par la réduction de la dépendance à des ressources importées. La transition énergétique ne présente pas une menace économique mais bien une opportunité à saisir. C’est maintenant qu’il faut accélérer sa concrétisation par la mise en œuvre ainsi que la mobilisation de tous les acteurs et tout retard supplémentaire sera payé par nos futures générations. Donc ; L’orientation vers une exploitation intelligente de nos ressources énergétiques naturelles renouvelables (par exemple l’eau, biomasse, soleil, vent…) en développant des technologies innovantes en termes d’efficacité énergétique et d’impact sur notre environnement est fascinant pour un développement durable.

Quels sont vos sujets de recherche et quelle est votre rôle dans SCCER BIOSWEET?

Actuellement, je travaille sur la gazéification du bois pour la cogénération électricité-chaleur. Le but principal de ce travail de recherche est d’optimiser le processus de la conversion thermochimique de bois et surtout de bien comprendre les mécanismes liés à la formation et le craquage des goudrons. La gestion des impuretés reste le défi majeur de cette technologie et limitent l’utilisation des gaz de synthèse pour la production combinée décentralisée d’électricité et de chaleur soit pour les moteurs à combustion interne à gaz conventionnel ou les turbines à gaz. Donc, à travers ce projet on contribue au sein de la HEIG-VD au lot de travail « chaleur et électricité à partir de la biomasse » du programme « Biomasse pour le futur énergétique de la Suisse ».

Quels sont les défis de la transition énergétique en lien avec votre travail?

La gazéification de bois pour produire de l’énergie est une technologie très ancienne. Ce qui est innovant maintenant, c’est la production combinée décentralisée de chaleur et d’électricité dans des systèmes de cogénération.

Actuellement des installations de gazéification de bois avec des grandes et petites capacités sont commercialisés dans le monde. Pour la cogénération, cette technologie présente des avantages par rapport à une chaudière à bois.  Le rendement plus élevé et les émissions d’oxyde d’azote et de particules sont plus faibles. Cependant, cette technologie nécessite encore une optimisation. Par exemple, les instituts de recherche ont encore du travail à faire pour bien comprendre en détail les mécanismes thermochimiques pendant la gazéification de bois. Pour ce faire des mesures et des analyses doivent être effectuées pour les différents points dans les zones constituants les étapes de la gazéification de bois en utilisant une instrumentation adaptée à ce type de procédé. Le but est l’analyse qualitative et quantitative des impuretés comme, par exemple, les goudrons qui reste le paramètre limitant pour l’application de la gazéification pour la production combinée décentralisée d’électricité et de chaleur. La collaboration entre les différents acteurs dans ce domaine et les échanges internationaux conduiront surement à une amélioration des performances des installations commerciales existantes.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir une scientifique?

En fait, j’avais toujours une passion pour le savoir en général, une curiosité de découvrir et de comprendre pour tous les domaines. Je ne faisais pas la différence entre les matières scientifiques et les autres domaines mais, pour les matières scientifiques j’avais la chance de les découvrir autrement avec mon frère et ma sœur à travers les discussions et les livres qu’ils mettaient à ma disposition. Donc, ce facteur m’a aidé pour m’orienter vers les sciences expérimentales au lycée et vers le Génie Thermique et Energétique pour mes études supérieures. Le travail sur mon premier projet avec un professeur au Maroc était un autre facteur qui m’a aidé à découvrir ma passion pour la recherche scientifique dans le domaine énergétique et de tisser un lien avec cette branche.  C’était un projet de « modélisation d’un échangeur de coulis de glace » lié à la réduction des émissions des gaz à effet de serre issus des installations de production de froid. En travaillant sur ce projet j’ai compris qu’un projet de recherche ne finira pas après une soutenance ou l’obtention d’un diplôme mais c’est un travail que je veux faire pour le reste de ma vie pour que je puisse apporter des solutions innovantes à la société en matière de la production, la distribution et le stockage d’énergie ainsi que la protection de l’environnement.

Pourriez-vous décrire votre biographie et votre parcours de carrière.

J’ai obtenu mon diplôme d’ingénieure d’état en génie des procédés de l’énergie et de l’environnement au Maroc. Actuellement, je travaille sur une thèse de doctorat et mon ambition reste le développement et l’optimisation des procédés de production d’énergie à partir des ressources propres et renouvelables.

Photo: Bertrand Rey

 

Quel serait l’avenir pour les énergies renouvelables à l’horizon 2035 ?

A l’horizon de 2035, l’agence international de l’énergie prévoit le déclin des champs de pétroliers existants. D’où la nécessité d’une transition énergétique pour réduire la consommation énergétique, augmenter l’efficacité énergétique et accroitre la part des énergies renouvelables dans la production énergétique. Les investissements dans ce sens sont très importants pour favoriser la recherche et améliorer les performances des installations de production, de distribution, de stockage et pour rendre les prix plus compétitifs. La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique continuera à augmenter et les prix vont baisser. Mais, à mon avis, il ne faut pas ignorer le paramètre social dans une telle transition, ce qui manque vraiment pour atteindre les objectifs souhaités c’est une conscience sociale pour contribuer à la concrétisation et pour accélérer la mise en œuvre de ces changements sans oublier le rôle des réglementations et les politiques publiques dans ce processus de transition.

Quelle place occupera la biomasse dans ce domaine ?

Si on parle de la biomasse, cette source d’énergie est renouvelable et non-intermittente. Elle permet de stocker de l’énergie et de la consommer sur demande. Donc, il y aura surement une place pour cette source dans la transition énergétique. La gazéification de bois apparait aujourd’hui comme une technologie prometteuse avec un champ d’application beaucoup plus large que la production d’électricité. Cette technologie permettra aussi la production d’un gaz naturel de synthèse (GNS) substituable avec le gaz de réseau.

La suisse représente un environnement favorable pour le développement de cette technologie dans le cadre de la transition énergétique. Pourtant, le passage d’une production centralisé vers une production décentralisée efficace et mature reste encore un défi à surmonter. Grâce à une recherche et développement dynamique, la micro-cogénération avec ses nouvelles technologies (par exemple les piles à combustibles, Stirling, ORC…) sera une technologie prometteuse pour une production décentralisée à source renouvelable.

Quelle est votre recette pour l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée?

Ce n’est pas toujours facile !!  Mais le travail sur quelque chose qui me passionne à savoir la science ne présente pas une charge pour moi, mais bien au contraire une activité pleine d’épanouissement malgré les difficultés qu’on peut rencontrer parfois …  Donc, le fait d’aimer son travail présente un facteur important pour assurer la joie et la satisfaction en effectuant ce travail. Ces sentiments auront surement un impact positif sur notre vie professionnelle et personnelle.

Quelles recommandations donneriez-vous aux jeunes scientifiques qui souhaitent poursuivre une carrière dans le domaine de la recherche énergétique?

Le travail sur un projet de recherche est un processus long qui exige beaucoup de patience. Donc, choisissez une thématique qui vous passionne. Dans un esprit d’échange, restez en contact avec les gens actifs et qui partagent le même souci pour les problématiques énergétiques et surtout gardez toujours un esprit ouvert, curieux et critique.

Quels changements de société amélioreraient l’égalité des chances pour les femmes?

Le développement d’une société ne pourra pas être assuré sans la mobilisation de toutes ses ressources humaines, dont la femme fait partie. A mon avis, l’éducation à la maison et à l’école ainsi que le média jouaient toujours un rôle pour nous convaincre, nous les femmes, que notre rôle dans la société ne dépasse pas le toit d’un foyer et que nos capacités intellectuelles sont inférieures par rapport à nos collègues masculins. Je ne nie pas que la gestion d’un foyer est un rôle très important que la femme jouait et continue à jouer jusqu’à maintenant. Toutefois, il ne faut pas limiter ses capacités et préjuger ses compétences. Les femmes ont toujours montré leurs capacités à faire face aux différents défis pour contribuer à côté de l’homme à l’évolution de notre société depuis longtemps et dans les différents domaines scientifiques, économiques, artistiques…

Il s’agit d’une liberté de chercher sa mission dans cette vie, trouver les choses qui nous passionne et faire le choix de suivre et défendre ses rêves malgré les contraintes sociétales. Je confirme que les changements de société aident les filles à avoir plus de confiance en soi et favorisent l’égalité des chances mais ces dernières ne doivent pas attendre un feu vert et de changer la façon de les concevoir par la société pour vivre leurs rêves, mais en contrepartie, il faut avoir une ambition, une grande volonté et surtout une solide confiance en soi…

J’insiste sur l’égalité des chances pour les femmes et non pas sur l’égalité entre la femme et l’homme dans le sens de suivre une carrière selon l’exemple masculin comme un modèle de succès.  Beaucoup de femmes tombent dans les pièges à force de vouloir montrer que la femme est capable d’effectuer les tâches que l’homme peut effectuer. Suite à cette confusion, les femmes perdent leur particularité, leur propre carrière et entrent dans une concurrence et un conflit avec l’homme alors qu’on est différents ; personne ne doit être une copie d’une autre personne (même pour les femmes entre nous), c’est cette différence qui crée notre richesse.

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